Séisme en Haïti : pourquoi le pays est-il frappé encore et encore ?
En 2010, puis en 2021 : à onze ans d’intervalle, Haïti a subi deux séismes dévastateurs de magnitude supérieure à 7. Avant eux, il y avait ceux de 1751 et 1770.
Mw 7,0
Magnitude du séisme de janvier 2010 – près de 300 000 morts
Mw 7,2
Magnitude du séisme d’août 2021 – plus de 2 200 morts
270 km
Longueur de la faille d’Enriquillo-Plantain Garden traversant Haïti
10 km
Profondeur des foyers en 2010 et 2021 – extrêmement peu profond
Une histoire de géologie : Haïti au carrefour de deux plaques
Pour comprendre pourquoi Haïti tremble, il faut d’abord regarder sous ses pieds. L’île d’Hispaniola, qu’Haïti partage avec la République dominicaine, occupe une position tectonique parmi les plus instables de toute la Caraïbe. L’île se trouve dans une zone sismiquement active, coincée entre deux plaques tectoniques : la plaque nord-américaine au nord et la plaque caraïbe au sud. Ces deux masses géantes se déplacent l’une par rapport à l’autre, créant des tensions colossales que la roche ne peut absorber indéfiniment.
À proximité de la limite nord, la plaque tectonique des Caraïbes se déplace vers l’est d’environ 20 mm par an par rapport à la plaque nord-américaine. Ce déplacement relatif peut sembler infime, deux centimètres par an, soit à peu près la vitesse à laquelle poussent les ongles. Mais sur des siècles, il s’accumule une énergie phénoménale qui finit invariablement par se libérer d’un seul coup, sous forme de séisme.
Ce mouvement est absorbé en Haïti par plusieurs systèmes de failles, dont deux décrochements principaux qui dominent le paysage sismique de l’île.
12 janvier 2010 : quand la terre libère 250 ans de tension
Le 12 janvier 2010, une catastrophe sismique majeure a frappé la région de Port-au-Prince. Le nombre de victimes est très élevé, au moins 220 000, malgré une magnitude (Mw) assez courante : Mw = 7. De quinze à vingt séismes atteignent cette valeur chaque année dans le monde.
Plusieurs facteurs géophysiques ont aggravé la destruction. D’abord, la profondeur : la faible profondeur du foyer, à peine 10 km, a amplifié les destructions. Plus un séisme est superficiel, plus les ondes sismiques conservent leur énergie en atteignant la surface. Ensuite, la proximité : l’épicentre était situé à seulement 25 km de Port-au-Prince, l’une des capitales les plus densément peuplées de la région. Enfin, les effets de site : la géologie des terrains sur lesquels est bâtie une partie de la ville, remblais meubles, berges, zones inondables, a amplifié localement les ondes sismiques, un phénomène bien documenté en sismologie.
Le séisme de 2010 a fait deux à trois fois plus de victimes que le plus catastrophique des séismes connus de magnitude proche de 7. Les ruptures sismiques les plus dangereuses sont souvent celles produites par des failles d’ampleur limitée mais proches des villes.
Encyclopædia Universalis – Analyse du séisme d’Haïti
2021 : la faille récidive, plus à l’ouest
Le 14 août 2021, à 8h29 du matin, la terre tremble à nouveau. Un séisme de magnitude 7,2 survient dans la commune de Petit-Trou-de-Nippes, dans la péninsule de Tiburon, à environ 150 km à l’ouest de la capitale Port-au-Prince. Le pays, qui n’avait pas achevé de se relever de 2010, était à nouveau à genou.
Ce séisme de magnitude 7,2 s’est produit à cause d’un mouvement de terrain en profondeur, invisible à la surface. Ensuite, un autre type de mouvement a pris le relais et a entraîné plusieurs cassures du sol situées à l’ouest du point de départ du séisme. Le bilan : plus de 2 200 morts, des dizaines de milliers de blessés, et plus de 600 000 personnes directement affectées et nécessitant une assistance humanitaire immédiate.
Destruction de Port-Royal, Jamaïque, par un séisme lié au système de failles Enriquillo. La ville s'est engloutie dans la mer.
Deux séismes catastrophiques détruisent Port-au-Prince et Léogâne. L'historien Moreau de Saint-Méry note qu'en 1751, « une seule maison de maçonnerie ne fut pas renversée ».
Séisme dévastateur au nord d'Haïti. Cap-Haïtien est largement détruite. Plusieurs milliers de morts.
Séisme Mw 7,0 près de Port-au-Prince. Environ 300 000 morts, 1,5 million de déplacés. Catastrophe humaine majeure de l’histoire moderne d’Haïti.
Séisme Mw 7,2 dans les Nippes. Plus de 2 200 morts, 600 000 personnes affectées. La tempête tropicale Grace frappe l'île quelques jours plus tard.
La vulnérabilité du territoire face aux risques
Des bâtiments qui tuent
La cause directe de la grande majorité des décès lors d’un séisme est l’effondrement des bâtiments. Les expertises sur le bâti montrent que l’essentiel des constructions étaient inadaptées pour résister aux secousses sismiques. En Haïti, les raisons sont multiples et imbriquées.
L’urbanisation anarchique, la paupérisation, la forte pression sur le couvert arboré, l’absence de normes de construction, la forte densité de population dans certaines zones, et la fragilité des constructions constituent le premier facteur de vulnérabilité physique du pays. La grande majorité de l’habitat haïtien est auto-construite, sans architecte ni ingénieur, avec des matériaux souvent inadaptés et des techniques qui ignorent les principes du parasismique.
La déforestation
La déforestation et l’érosion des terres, qui touchent aujourd’hui plus de 50 % du territoire, ont grandement contribué à la dégradation de l’environnement. Ce n’est pas sans lien avec le risque sismique. Des sols dénudés sont des sols instables : lors des séismes, ils sont bien plus susceptibles de se liquéfier ou de provoquer des glissements de terrain, qui constituent une cause de mort et de destruction supplémentaire à la secousse elle-même.
Haïti peut-elle encore trembler ? La réponse des scientifiques
La réponse est sans ambiguïté : oui. La faille d’Enriquillo-Plantain Garden reste un grave danger sismique pour Haïti, en particulier pour la région de Port-au-Prince. Les séismes de 2010 et 2021 n’ont pas purgé les contraintes accumulées dans le système de failles ils les ont redistribuées sur d’autres segments.
La faille Septentrionale, au nord, constitue une menace supplémentaire : elle n’a pas produit de grand séisme depuis 1842, soit plus de 180 ans de contrainte potentiellement accumulée, menaçant des villes comme Cap-Haïtien, Gonaïves ou Port-de-Paix.
Sources et références
- Encyclopædia Universalis, Séisme d’Haïti (2010). universalis.fr
- Planet-Terre ENS Lyon, À propos du séisme d’Haïti du 12 janvier 2010, replacé dans le contexte tectonique des Caraïbes. planet-terre.ens-lyon.fr
- AyiboPost, Comprendre la vulnérabilité d’Haïti aux catastrophes naturelles, 2021. ayibopost.com
- Sismologie Citoyenne en Haïti / Université de Nice, Le risque sismique en Haïti, expliquez-moi ! ayiti.unice.fr
- BRGM, Haïti : de la connaissance de l’aléa à la réduction du risque sismique. brgm.fr
- Éditions de la MSH, Haïti, réinventer l’avenir – La vulnérabilité sociale à la veille du séisme. books.openedition.org
- Journals.OpenEdition, La multiplication des catastrophes en Haïti et la résilience de l’habitat, Études caribéennes, 2022. journals.openedition.org
- Wikipedia FR, Séisme de 2010 en Haïti ; Séisme de 2021 en Haïti. fr.wikipedia.org
